La question de la gestion des déchets du BTP devient plus qu’un enjeu pour les entreprises avec la mise en place du dispositif REP – Responsabilité Elargie des Producteurs.

Ce dispositif REP visait à améliorer la gestion des déchets du BTP dès le 1er janvier 2022. Sa mise en œuvre est reportée au 1er janvier 2023. Ce report de la REP favorise une progressivité dans le déploiement. En revanche, il ne dynamise pas pour autant les initiatives.

Laurent Marmonier est artisan du bâtiment depuis plus de 20 ans. Il est spécialisé sur l’écoconstruction et la restauration du patrimoine.

Il intervient ici en tant que co-président de la CAPEB Isère. Il cite également l’activité Réemploi de matériaux de l’association Aplomb, dont il est également co-président.

Laurent Marmonier énonce dans cette interview des pistes et des solutions pour une meilleure gestion des déchets des entreprises du bâtiment par les collectivités locales.

Découvrir le réemploi dans le BTP

Quelles solutions pour l’élimination des déchets des entreprises de proximité par les collectivités locales ?

Voici l’interview complète en vidéo.

L’interview écrite est en-dessous de la vidéo.

Qu’est-ce qui motive aujourd’hui un changement des pratiques autour de la gestion des déchets dans le BTP ?

Notre secteur d’activité BTP est touché par une modification du trafic des déchets.

Jusqu’à présent, nous avions une circulation mondiale des déchets avec deux principaux producteurs : l’Europe et les États-Unis. Tout ça transitait en direction de l’Asie, tout particulièrement la Chine, l’Afrique et l’Amérique du Sud.

A partir de 2017, la Chine s’aperçoit qu’il n’est pas si évident de recycler les déchets en provenance d’Europe.

Elle commence alors à mettre des règlementations qui interdisent l’importation des déchets.

Donc, nous nous éloignons du marché mondial actuel. Nous nous dirigeons effectivement vers un marché qui se relocalise.

Maintenant, c’est à nous en Europe, de faire ce que les Chinois faisaient avec nos déchets.

C’est un véritable enjeu de réemployer ces déchets, les recycler, les transformer. L’objectif vise sérieusement à diminuer l’enfouissement.

Y a-t-il un changement des mentalités dans le secteur du bâtiment ?

Les changements de pratique de gestion des déchets du BTP sont effectifs. Les entreprises trient sur leurs chantiers. On a jusqu’à dix flux triés.

Donc maintenant, c’est la destination qu’il faut mieux maîtriser. Ce qu’on appelait des déchets doivent maintenant être considérés comme des ressources. Et ces ressources vont aller soit vers le réemploi, soit vers le recyclage. En conséquence, on diminue évidemment l’incinération et l’enfouissement.

Les entreprises ont encore un petit pas à faire et les collectivités territoriales vont accompagner ce nouvel écosystème.

Ces pratiques de tri et de gestion des déchets du BTP ont-elles un coût pour les artisans ?

Ça a un coût.

L’Etat va inciter les collectivités territoriales à diminuer la quantité des déchets reçus. Il y a déjà la taxe à l’enfouissement qui va tripler. Actuellement à 18 euros la tonne, la taxe va passer à 65 euros la tonne en 2025. C’est une énorme augmentation.

C’est une pression phénoménale, qui est mise sur les collectivités pour ne plus qu’elles acceptent les déchets en provenance du bâtiment ou autres secteurs d’ailleurs.

L’objectif est qu’elles favorisent la mise en œuvre d’un écosystème, qu’elles accompagnent le développement de l’écosystème, qui était en Chine jusqu’à présent et qui doit être chez nous en Europe maintenant.

Quelles relations entretenez-vous avec les collectivités locales, et que proposent-t-elles pour accompagner les professionnels dans la gestion des déchets ?

Nous sommes quand même assez bien accompagnés par les collectivités locales. Certaines sont plus en avance que d’autres, plus impliquées et plus préoccupées par cette augmentation de la taxe. On est en discussion constante pour exploiter des pistes et trouver des solutions.

Concrètement, l’écosystème existe aujourd’hui. C’est à dire que vous avez depuis longtemps des entreprises d’insertion qui font du démontage et qui vont par la suite faire de la revente.

Vous avez des entreprises de grande taille qui récupèrent les matériaux pour les réintégrer dans les chaînes de fabrication par exemple : verre plat des vitres, une fenêtre, c’est quelque chose d’assez délicat parce qu’il faut que ça arrive très propre dans les usines.

Et puis vous avez maintenant des entreprises de déconstruction qui vont déposer soigneusement les matériaux et les revendre à des particuliers et à des professionnels. C’est par exemple le principe des matériauthèques.

Ça crée des nouveaux métiers très valorisés.

Moi-même, je suis aussi co-président d’une association qui fait du démontage-réemploi, nous avons pu embaucher très facilement.

C’est l’association Aplomb qui fait de la déconstruction de bâtiment et du réemploi ?

Voilà c’est ça, l’association Aplomb.

Aplomb, c’est la branche formation et Ecomat, c’est la branche réemploi.

A notre grande surprise pour Ecomat en quinze jours, nous avons pu embaucher 20 personnes pour démarrer notre premier chantier de déconstruction, ce qui est absolument inenvisageable dans le bâtiment.

Voir le réemploi avec Ecomat

Les facultés de France forment depuis plusieurs années des gens à l’entretien de l’environnement. Nous avons des manœuvres dans le bâtiment qui ne trouvent plus de place dans ce domaine professionnel, parce que le bâtiment, c’est uniquement un métier d’expert et ces gens se réjouissent de venir faire du démontage car il faut une certaine compétence, mais pas une expertise, puisque finalement, c’est une forme d’innovation. On travaille sur des process et des pratiques à créer.

Donc, à travers la déconstruction sélective, on crée de l’emploi, de l’emploi très valorisé et très facilement accessible aux personnes voulant l’intégrer. Ceci est formidable.

Si les entreprises du bâtiment ne le font pas déjà, ou qu’elles ne sont pas informées sur ce sujet de gestion des déchets BTP, comment les inciter à collaborer avec leurs collectivités locales ?

C’est effectivement le rôle des organisations professionnelles, comme la CAPEB pour le bâtiment, d’accompagner les entreprises.

Mais les entreprises sont quand même à l’affût de toutes les évolutions. Des gens comme moi, qui ont une vingtaine d’années de métier, on est à l’écoute.

Nous avons traversé 2 à 3 crises en comptant celle du jour où j’étais encore stagiaire, deux crises économiques fortes, des mutations très fortes, dues aux économies d’énergies.

Donc nos entreprises sont habituées depuis les années 70-80 à des mutations régulières dans l’énergie. Actuellement dans la gestion des déchets, cela exige des formations et finalement, très peu de matériel, donc tout est faisable.

C’est de la bonne volonté essentiellement. Le schéma est déjà quasiment en place.

La gestion des déchets du bâtiment en Auvergne Rhône-Alpes

Personnellement, je suis issu de la région AURA – Auvergne Rhône-Alpes. Les pouvoir publics ont mise en place depuis longtemps des déchetteries de plus en plus efficaces.

Il y a certaines déchetteries qui sont vraiment très bien. Elles nous permettant de répartir les dix flux très facilement et rapidement. Il n’y a pas de frein majeur. Aujourd’hui, 100 % des déchets issus du bâtiment et autres matériaux déposés sont traités. Nous sommes déjà sur une prise en charge totale des déchets, soit via des collectivité directement, via des entreprises de grande taille, via des entreprises d’insertion. Mais il n’y a pas de révolution à venir.

La révolution va se passer plus du côté des communautés de communes. Elles vont devoir se battre pour rajouter des plateformes. Parce qu’aujourd’hui, il manque des plateformes de récupération de déchets-ressources. Alors, ça va être difficile en zone dense, en zone urbaine. Mais en zone rurale, les PLU freinent énormément l’étanchéification des sols.

Ce qui est normal, parce qu’on a de plus en plus d’épisodes cévenols qui rendent la gestion des eaux très difficile.

Donc, les combats vont être là, au niveau des collectivités locales et territoriales. Alors nous dans le bâtiment, nous sommes prêts. Nous allons continuer d’accompagner les entreprises qui ont déjà intégré les pratiques ou qui sont motivées à le faire maintenant.

En savoir plus sur Aplomb

Apprendre à construire et surtout construire autrement.

C’est tout l’enjeu des projets à venir du bâtiment.

Utiliser des matériaux naturels et géosourcés.

Transformer les déchets du bâtiment en ressources.

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